Paul Auster, Sunset Park (5)

Morris a découvert, il y a de ça bien des années, que Simon Korngold est une personne absolument digne d’être aimée, et ce que Morris aime le plus chez lui, c’est qu’il ne se plaint jamais. Tout le monde souffre de la crise, de la récession, quel que soit le nom que les gens utilisent pour parler de la nouvelle dépression économique, y ccompris, bien entendu, les éditeurs, mais Sinon est en bien plus mauvais état que lui, le cinéma indépendant a été détruit, les compagnies de production et les distributeurs s’écroulent comme des châteaux de cartes chaque jour que le bon Dieu fait, et il y a maintenant deux ans qu’il n’a plus produit de film, ce qui signifie qu’il vient d eprendre sa retraite non officielle cet automne, qu’il a accepté d’enseigner le cinéma à UCLA au lieu de faire des films, mais cela ne le rend pas amer, ou du moins ne manifeste-t-il aucune amertume, et la seule chose qu’il dit pour rendre compte de ce qui lui est arrivé, c’est qu’il a cinquante-huit ans et que la production de films indépendants et un travail de jeune. La recherche de fonds est exténuante et peut vous vider de toute votre fougue à moins que vous ne soyez d’acier, dit-il, et ce qu’il en ressort de près comme de loi, c’est qu’il n’est plus d’acier.


Paul Auster, Sunset Park
traduit de l’américain par Pierre Furlan
Actes Sud, 2011

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