Bret Easton Ellis, American Psycho (2)

Bien que la soirée n’ait été aucunement romantique, elle me prend dans ses bras, et cette fois, émane d’elle une chaleur à laquelle je ne suis pas accoutumé. J’ai tellement l’habitude d’imaginer les choses comme sur un écran de cinéma, à voir les événements et les gens comme s’ils faisaient partie d’un film, qu’il me semble soudain entendre jouer un orchestre, voir littéralement la caméra s’approcher en travelling et tourner autour de nous, tandis que des feux d’artifice éclatent au ralenti dans le ciel et que ses lèvres en soixante-dix millimètres s’écartent pour murmurer l’inévitable « Je te veux » en Dolby stéréo. Mais son étreinte se fige et je sens, imperceptiblement d’abord, puis plus nettement, se calmer la tempête en moi. Elle m’embrasse sur la bouche, ce qui me fait brutalement retomber sur terre. Je la repousse doucement. Elle lève vers moi un regard effrayé.

- Écoutez, il faut que j’y aille, dis-je, jetant un coup d’œil sur ma Rolex. Je ne veux pas manquer… Nos Amies les Bêtes.


Bret Easton Ellis, American Psycho,
Traduit de l’anglais par Alain Defossé,
Le Seuil 1993

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