François Bon, Autobiographie des objets (2)

On nous y* montrait le cinéma. Un camion passait chaque hiver. On le savait dès le matin – à cause de sa remorque plantée devant l’entrée. On nous y emmenait avec l’école dans l’après-midi, et les familles s’y rendaient le soir. Je revois aussi, l’été, une installation similaire à La Grière, près de La Tranche-sur-Mer, où on s’asseyait sur des bancs en plein air. Peut-être que le côté euphorisant – pour ceux de ma génération – de la musique du Pont de la rivière Kwaï est lié à cette découverte de la magie des écrans, mais que nous en ayons reçu si peu à voir ? Peut-être, dès Saint-Michel-en-l’Herm, avions-nous droit à Connaissance du monde et leurs documentaires promenés dans les campagnes. En tout cas, décidai-je dès lors intérieurement, si le cinéma c’est pour ceux des villes et pas pour nous, nous nous en moquerons hautement – je m’en suis tenu à ce principe.


François Bon, Autobiographie des objets
Seuil, 2012


* : le chapitre s’intitule “Salle des fêtes”.

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