Jonathan Coe, Testament à l’anglaise (7)

testament à l'anglaise

Ma connaissance des livres et des films sexuellement explicites était mince. Malgré toutes ces années où j’avais eu recours au magnétoscope pour m’exciter, je conservais, assez curieusement, une aversion fondamentale pour la pornographie (aversion probablement fondée sur des principes, si on remonte dans un passé lointain). Même dans les films les plus salaces que j’achetais, louais, ou enregistrais, il y avait d’habitude un vestige de justification artistique pour les déshabillages et les accouplements qui devenaient rapidement mon principal centre d’intérêt. Et, en fait, je n’étais entré qu’une seule fois dans un cinéma pornographique. C’était au milieu des années soixante-dix, durant les derniers et très pénibles stades de mon mariage avec Verity. Depuis des mois, notre vie sexuelle agonisait lentement mais sûrement, et, dans notre panique, nous décidâmes qu’une séance dans un cinéma spécialisé du quartier pourrait nous aider à une sorte de résurrection. Mais, malheureusement, nous manquâmes de chance. Le film que nous avions choisi avait attiré l’attention de la presse locale du soir, parce que, bien que produit par une compagnie londonienne, il avait été entièrement tourné à Birmingham. Il avait donc un énorme succès sur place, et la grande majorité du public consistait en couples mûrs – dont certains l’avaient manifestement vu plusieurs fois – qui avaient la tendance gênante d’accompagner, par exemple, une scène de fellation dans une voiture par des remarques comme : « C’est le moment où on voit passer en arrière-plan la Mini Morris de Tracy », ou « Est-ce que le cabinet du pédicure n’est pas mieux depuis qu’ils lui ont donné un coup de peinture ? » Verity et moi sortîmes du cinéma sans nous sentir vraiment stimulés, et je crois me souvenir que nous passâmes le reste de la soirée à classer des photos que nous avions prises lors d’un récent voyage aux îles Sorlingues.


Jonathan Coe, Testament à l’anglaise
Traduit de l’anglais par Jean Pavans
Gallimard, 1994

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