Peter Handke, La courte lettre pour un long adieu (1)

La traduction française suit le texte allemand.

Im Elgin Kino schaute ich dann einen Tarzanfilm mit Johnny Weismüller an. Gleich am Anfang des Films hatte ich das Gefühl, wie wenn man etwas Verbotenes anschaut, das man sich aber schon im voraus vorgestellt hat; die Bilder riefen einen vergessenen Traum zurück. Ein kleines Passagierflugzeug flog niedrig über dem Dschungel. Dann sah man das Flugzeug von innen; ein Mann und eine Frau mit einem Säugling saßen darin. Das Flugzeug dröhnte und ruckte eigenartig hin und her, wie ein wirkliches Flugzeug nie rucken würde, und bei diesem Rucken fiel mir die Bank ein, auf der ich als Kind den Film schon gesehen hatte. „Sie sind unterwegs nach Nairobi“, sagte ich laut. Aber die Stadt wurde nie erwähnt. „Und jetzt werden sie abstürzen!“ Die Eltern hielten einander umschlungen; dann sah man das Flugzeug von außen, wie es heruntertrudelte und in den Urwaldbäumen unterging. Mit einem Krach schlug es auf, und, nein, kein Rauch, sondern Luftblasen sprudelten dann aus einer dämmrigen Landschaft, die ich erst später, als die Stelle im Film kam, als den Teich wiedererkannte, unter dessen Oberfläche Tarzan, ein Messer zwischen den Zähnen, und das inzwischen zu einem Knaben herangezogene Findlingskind, die beide in langen Abständen Atemblasen ausstießen, mit langsamen Schwimmstößen wie traumverloren umherschwammen, während der sich beim Zuschauer festige Erinnerungsvorgang auf seinem Weg zum festen Erinnerungsbild schon gleich nach dem Aufschlag des Flugzeugs in einer geheimnisvollen Vorwegnahme sich mit dem gleichen Rhythmus bewegt hatte, mit dem später aus der Tiefe des Wassers die Atemluftblasen der beiden Schwimmer aufstiegen.

Obwohl mich der Film sonst langweilte, ging ich nicht weg. (…)

Auch die komische Stummfilme möchte ich nicht mehr sehen, dachte ich. Mit ihrem Lob der Ungeschicklichkeit konnten sie mir jetzt nicht mehr schmeicheln. Die Helden, die keine Straße hinuntergehen konnten, ohne dass ihnen der Hut vom Kopf vor eine Straßenwalze geweht wurde, und sich zu keiner Frau beugten, ohne ihnen dabei Kaffee über den Rock zu gießen, erschienen mir immer mehr als Vorbilder für ein nur kindlich beharrendes, unmenschliches Leben: atemlose, in sich selber zappelnde, entstellte und ihre Umgebung entstellende Gestalten, die zu allem, Dingen und Leuten, nur aufschauen wollten. Die höhnische Schadenfreude Chaplins; andrerseits die Art, wie er sich an sich selber schmiegte und sich bemutterte; die Gewohnheit Harry Langdons, sich immerfort einzurollen und anzuklammern. Nur Buster Keaton suchte eifrig nach einem Ausweg, mit seinem aufmerksamen, verbissenen Gesicht, obwohl er nie wissen würde, wie ihm geschah. Sein Gesicht schaute ich noch gern an, und es war auch schön, als in einem Film einmal Marilyn Monroe mit gerunzelter Stirn hilflos grinste und dabei wie Stan Laurel dreinblickte.


Peter Handke, Der kurze Brief zum langen Abschied, Suhrkamp, 1972



tarzan the ape man


Au cinéma Elgin, je vis un film de Tarzan avec Johnny Weismüller. Dès le début du film j’avais le sentiment de regarder quelque chose de défendu mais déjà imaginé d’avance. Les images ramenaient à la mémoire un rêve oublié. Un petit avion de tourisme volait très bas au-dessus de la jungle. On voyait l’intérieur de l’avion, les passagers, un homme et une femme avec un bébé. On entendait l’avion vibrer et trembler étrangement, par à-coups, comme ne l’aurait pas fait un véritable avion, et ces secousses me rappelèrent le banc, sur lequel, enfant, j’avais déjà vu le film. « Ils sont en route pour Nairobi », dis-je à voix haute. Mais le nom de la ville ne fut pas dit dans le film. « Et maintenant ils vont tomber. » Les parents se tenaient embrassés ; puis on vit l’avion tomber en vrille et s’écraser parmi les arbres de la forêt vierge. Il s’abattait avec fracas et ce ne fut pas de la fumée mais des bulles qu’on vit surgir d’un paysage crépusculaire. Je ne le reconnus que plus tard, dans le film, c’était l’étang sous la surface duquel Tarzan, un couteau entre les dents, et l’enfant trouvé, entre-temps devenu un jeune garçon, nageaient lentement comme perdus dans le rêve, émettant tous deux des bulles à de longs intervalles. Pendant ce temps-là, le souvenir se consolidait à la vue du film et au rythme même des bulles émises par les deux nageurs dans les profondeurs de l’eau. Au moment même où l’avion avait touché le sol, l’image, mystérieusement en avance, avait pris forme.

Quoique le film m’ennuyât je ne m’en allai point. (…)

Je n’aime même plus aller voir les films muets, pensai-je. Ils ne pouvaient plus me flatter par leur éloge de la maladresse. Ces personnages incapables de marcher dans une rue sans que le vent ne leur emporte leur chapeau sous un rouleau compresseur ou qui ne pouvaient pas se pencher vers une femme sans lui verser du café sur sa jupe me paraissaient de plus en plus les exemples d’une vie inhumaine et d’une infantile opiniâtreté, personnages toujours hors d’haleine, gigotant, à l’intérieur d’eux-mêmes, déformés et qui déformaient ce qui les entourait et qui ne faisaient que vouloir lever les yeux vers toutes choses, objets et gens. Ce plaisir sardonique que Chaplin éprouvait au malheur d’autrui, et cette façon qu’il avait de se serrer le plus étroitement possible tout contre lui-même et de se blottir, de se serrer maternellement lui-même ; et cette habitude qu’avait Harry Langdon de toujours s’enrouler ou de s’accrocher à quelque chose ! Seul Buster Keaton cherchait vraiment une issue, le visage attentif et obstiné, et pourtant il ne savait jamais ce qui allait lui arriver. Son visage, j’aimais bien encore le regarder et ce qui était bien, aussi, c’était Marilyn Monroe ricanant dans un film, le front plissé et ressemblant ainsi à Stan Laurel.

Peter Handke, La courte lettre pour un long adieu,
traduction Georges-Arthur Goldschmidt,
Gallimard 1976 pour la traduction française

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