Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique (2)

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Pour Suzanne comme pour Joseph, aller chaque soir au cinéma, c’était, avec la circulation en automobile, une des formes que pouvait prendre le bonheur humain. En somme, tout ce qui portait, tout ce qui vous portait, soit l’âme, soit le corps, que ce soit par les routes ou dans les rêves de l’écran plus vrais que la vie, tout ce qui pouvait donner l’espoir de vivre en vitesse la lente révolution d’adolescence, c’était le bonheur. Les deux ou trois fois qu’ils étaient allés à la ville ils avaient passé leurs journées presque entières au cinéma et ils parlaient encore des films qu’ils avaient vus avec autant de précision que s’il se fût agi de souvenirs de choses réelles qu’ils auraient vécues ensemble.

Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique,
Gallimard, 1950

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