Georges Perec, La vie mode d’emploi (1)

… c’est une photographie de tournage de son avant-dernier long métrage – Hardi les Gars ! – dont elle fut la vedette en 1949 lorsque, après sa retentissante rupture avec Jeremy Bishop, elle quitta l’Australie et tenta de faire aux États-Unis une audacieuse reconversion. Hardi les Gars ! fit une courte carrière. Le film suivant qui, par une coïncidence cruelle, avait pour titre Reste à l’affiche, mon Chéri ! – elle y jouait le rôle d’une écuyère (la belle Amandine) amoureuse d’un acrobate de dix-sept ans qui jonglait avec des torches enflammées – ne fut même pas monté, les producteurs ayant estimé à la vision des rushes qu’ils n’en tireraient rien. Olivia devint alors l’étoile d’une série touristique dans laquelle elle était la jeune Américaine de bonne famille, pleine de bonne volonté, allant faire du ski nautique aux Everglades, se bronzant aux Bahamas, aux Caraïbes ou aux Canaries, se déchaînant au Carnaval de Rio, acclamant les toreros à Barcelone, se cultivant à l’Escurial, se recueillant au Vatican, sablant le champagne au Moulin Rouge, buvant de la bière à l’Oktoberfest de Munich, etc., etc., etc. C’est ainsi que lui vint le goût des voyages et elle en était à son cinquante-huitième court métrage (Inoubliable Vienne…) lorsqu’elle rencontra son second mari qu’elle quitta d’ailleurs au cinquante-neuvième (Bruges l’Enchanteresse).

Georges Perec, La vie mode d’emploi,
Hachette 1978

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>