William Boyd, Le destin de Nathalie X


La traduction française suit la VO.

Have you ever seen Le Destin de Nathalie ‘X’? Extraordinary film, extraordinary. No, I tell you, I’d put it right up there with Un Chien Andalou, Todd’s Last Walk, Chelsea Girls, Downey’s Chafed Elbows. That category of film. Surreal, bizarre… Let’s not beat about the bush, sometimes downright incomprehensible, but it gets to you. Somehow, subcutaneously. You know, I spend more time thinking about certain scenes in Nathalie ‘X’ than I do about Warner’s annual slate. And it’s my business, what more can I say? Do you smoke? Do you have any non-violent objections if I do? Thank you, you’re very gracious. I’m not kidding, you can’t be too careful here. Nathalie ‘X’… OK. It’s very simple and outstandingly clever. A girl wakes up in her bed in her room –

(…)


— A girl wakes up in her own bed in her own room, somewhere in Paris. She gets out of bed and puts on her makeup, very slowly, very deliberately. No score, just the noises she makes as she goes about her business. You know, paints her nails, mascara on eyelashes. She hums a bit, she starts to sing a song to herself, snatches of a song in English. Beatles song, from the “White Album,” what’s it called? Oh yeah: “Rocky Raccoon.” This girl’s French, right, and she’s singing in English with a French accent, just quietly to herself. The song sounds totally different. Totally. Extraordinary effect. Bodywide goose bumps. This takes about twenty, thirty minutes. You are completely, but completely held. You do not notice the time passing. That something so totally—let’s not beat about the bush—banal, can hold you that way. Extraordinary. We’re talking mundanity, here, absolute diurnal minutiae. I see, what, two hundred and fifty movies a year in my business, not counting TV. I am replete with film. Sated. But I am held. No, mesmerized would be fair. [Pause] Did I tell you the girl was naked?


William Boyd, The Destiny of Nathalie ‘X’
Version anglaise repérée en ligne dans The Dream Lover: Short Stories
Bloomsbury Publishing PLC, 2008 (première publication en 1996)


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Avez-vous vu Le Destin de Nathalie X ? Un film extraordinaire, extraordinaire. Non, je vous le dis, je le mettrais tout en haut, avec Un chien andalou, Last Walk de J. J. Todd, Chelsea Girls d’Andy Warhol et Chafed Elbows de Downey. Cette catégorie. Surréaliste, bizarre… Inutile de tourner autour du pot, il est par moments parfaitement incompréhensible, mais quelque part ça fait mouche. Dans le genre sous-cutané. Voyez-vous, je passe plus de temps à penser à certaines scènes de Nathalie qu’au programme annuel de la Warner. Et ça, c’est mon business, que puis-je vous dire de plus ? Vous fumez ? Avez-vous une violente objection à ce que je le fasse ? Merci, vous êtes bien aimable. Je ne plaisante pas, on n’est jamais trop prudent ici. Nathalie X… OK. C’est très simple et supérieurement intelligent. Une fille se réveille dans son lit dans sa chambre…

(…)

… une fille se réveille dans son lit dans sa chambre, quelque part dans Paris. Elle se lève et se maquille, très lentement, très posément. Pas de musique, simplement le bruit de ses gestes. Enfin quoi, vous voyez, elle se peint les ongles, elle se met du mascara. Elle fredonne un peu, elle commence à chanter quelque chose, des bribes d’une chanson en anglais. Une chanson des Beatles, du « White Album », comment ça s’appelle ? Ah, oui, Rocky Racoon. Cette fille est française, d’accord, et elle chante en anglais avec un accent français, juste pour elle. La chanson sonne totalement différente. Totalement. Un effet extraordinaire. Chair de poule des pieds à la tête. Ça dure vingt, trente minutes. Vous êtes complètement, mais alors complètement pris. Vous oubliez le temps qui passe. Que quelque chose d’aussi – ne tournons pas autour du pot – d’aussi banal puisse vous prendre de cette manière. Extraordinaire. Il ne s’agit ici que de trucs quelconques, d’infimes détails journaliers. Je vois, quoi, deux cent cinquante films par an dans ma profession, sans compter la télé. Je déborde de films. J’en suis saturé. Mais je suis accroché. Non, hypnotisé serait plus juste. (Un silence.) Vous ai-je dit que la fille était nue ?


William Boyd, Le destin de Nathalie X
Traduit de l’anglais par Christiane Besse
Le Seuil, 1996



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