David McNeil, Tangage et roulis

La séance se termine vers six heures et demie, retour au bunker dûment encadrés, dîner de poulet gras à la Vaillancourt, pas de clope en terrasse, pas le temps, c’est déjà la thérapie du soir. Dans l’autre grande salle on a aligné une trentaine de chaises et de tabourets. On nous passe un film sur un home cinéma. Le bruit a couru que ce soir on verrait Le Jour du vin et des roses avec Jack Lemmon et la belle Lee Remick où lui joue un pochetron, elle une jeune fille sage. Insidieusement, il la pousse à boire, elle tombe dans le piège et pochetronne à son tour alors que lui s’en sort. Vraiment pas mélo, tout à fait superbe, je l’ai déjà vu mais pour Lee Remick je veux bien le revoir une centaine de fois. Le bruit qui courait se révèle être faux, on projette un navet mexicain, un type ivre mort au volant d’une voiture renverse une jeune fille qui en sort estropiée, il veut l’épouser afin de réparer, elle refuse, elle a sa fierté, il noie son chagrin dans l’alcool et veut se flinguer, il se rate, elle comprend que le type l’aime vraiment et finit par dire oui au monsieur, il casse sa bouteille de mescal contre un mur et ils se marient, happy end, rédemption, l’assistance au complet écrase une petite larme. À la fin du film, débat sur les dangers de l’alcool au volant, tout le monde est d’accord, un peu parce que c’est vrai, beaucoup parce que là on en a vraiment marre, on voudrait s’en aller. Ils raccompagnent enfin le troupeau à sa bergerie, qui va comme un seul homme griller des cigarettes en regardant passer les voitures, moi je ne fume pas, je rentre dans mon box.

David McNeil, Tangage et roulis,

Gallimard, 2006

days of wine and roses

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>