Georges Conchon, Le sucre

le sucre

Je ne me souviens pas bien de ce film de Jacques Rouffio, Le sucre, sur lequel j’ai pourtant dû tomber une ou deux fois à la télévision. Mais le bouquin, lu il y a une dizaine d’années dans cette édition Livre de poche à la couverture rigolote, sur les conseils d’un prof d’économie (si si), et qui est donc antérieur au film, passe bizarrement son temps à envisager sa propre adaptation cinématographique (comme quoi, on n’est jamais si bien servi que par soi-même…). Dès la page 13, on y lit : “Vous feriez un film sur le Sucre, je vais vous dire par quoi je commencerais…” Et plusieurs passages reprennent ensuite cette idée au fil du bouquin. Comme la qualité littéraire de l’œuvre n’est pas fantastiquement renversante par ailleurs, il me semble qu’un seul extrait devrait suffire pour ici.


Le film, ce sera Raoul et moi, notre fine équipe. Filous et ringards à la fois. Trompés aussi souvent que trompeurs. Manœuvriers manœuvrés. Justiciers finalement complices.

Faire rire de nous. Pas pleurer : mon malheur, je l’ai bien cherché !…

Pas dénoncer non plus. Le genre : « Attention, je vais vous faire toucher du doigt la pourriture capitaliste ! », vous savez bien que ça ne prend plus. On en a trop vu. Blasés !… « Réalisme socialiste » d’autant plus à exclure qu’ici point de touchantes victimes, nul travailleur lésé, rien que du petit-bourgeois qui n’a que ce qu’il mérite.

Juste suggérer, je crois, la mécanique. Deux ou trois engrenages, quelques figures, et ne craignez pas d’en manquer : le milieu abonde en figures intéressantes par elles-mêmes. Suffira de les peindre à leurs couleurs exactes.

Suggérer juste ce qu’il faut pour faire comprendre qu’on se trouve devant le plus formidable, le plus pharamineux sac de nœuds jamais réalisé par des businessmen ordinairement idiots. Des gens si bien habitués à s’entre-tromper, à s’entre-mentir, à s’entre-ficeler qu’ils se retrouvent à la fin tous ligotés, tous étranglés par une seule et même ficelle, en un seul lot bien compact, bon à jeter.

Par là des côtés, tout un ton opéra-bouffe, Hellzapoppin, Soupe aux canards. Genre grand numéro de cirque avec nous deux Raoul, l’Auguste et le clown blanc, partis au-devant de cette tempête qui s’avance, qui s’avance, qui s’avance…, puis chaloupant sur le pont, nous raccrochant à la ficelle des co-ficelés, prenant force coups de pied au cul, mais en donnant aussi pas mal. Pitoyables et méchants. Surtout sournois (fallait bien !). Hilares quand il n’y eut plus que cela à en faire : EN RIRE !



Georges Conchon, Le sucre
Albin Michel, 1977

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