Jim Harrison, Un bon jour pour mourir

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Nous atteignîmes Tucson vers neuf heures du soir et nous décidâmes, à l’unanimité, de ne pas trop nous saouler ni nous défoncer, de manière à pouvoir partir très tôt pour le Grand Canyon, le lendemain matin. Nous avions l’intention d’essayer d’aller voir un film et de nous mettre au lit avant minuit. En descendant Speedway, dans la partie sud de la ville, nous passâmes devant un cinéma qui affichait deux films porno SUPER X à la même séance. Nous prîmes une chambre dans un motel proche et revînmes aussitôt vers le cinéma. Sylvia était assez curieuse, car elle n’avait jamais vu ce genre de film. Le premier s’appelait Greta et ce fut plutôt un choc. Une fille vierge (on lui donnait environ vingt-cinq ans) se disputait avec ses parents, quittait le domicile familial et tombait aussitôt entre les mains d’un gang de lesbiennes qui la torturaient à l’aide de vibromasseurs et de godemichés jusqu’à ce qu’elle soit convertie à leurs plaisirs. J’étais agréablement surpris, car les filles étaient jolies et ne ressemblaient pas aux femmes qu’on a l’habitude de voir dans les films en noir et blanc qu’on projetait dans l’ancienne salle de l’American Legion. Sylvia se cachait derrière ses mains et suffoquait comme si elle était en train de voir un film d’horreur. Le deuxième film se déroulait une clinique d’expérimentation des techniques amoureuses et mettait en scène un médecin fou qui attachait des femmes consentantes à une machine monstrueusement ingénieuse. Nous étions fascinés.



Jim Harrison, Un bon jour pour mourir,
traduction Sara Oudin, Robert Laffont, 1985

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