Category Archives: REVES FANTASMES ET OBSESSIONS

Alexandre Jardin, Fanfan

Fanfan et Monsieur Ti étaient attablés devant des bols de café, occupés à découper des statistiques dans un journal pour les brûler ensuite à la flamme d’une allumette. Tous deux m’expliquèrent avec gaieté qu’ils haïssaient les probabilités, cette façon de corseter notre destinée dans des chiffres. Fanfan entendait se soustraire aux lois des grands nombres. read more »

Vladimir Nabokov, Machenka

Le texte original en russe suit la traduction. Plus tard, au cinéma, ce fut la foule, et la chaleur étouffante. Pendant un long moment, la publicité en couleurs offrant des pianos à queue, des robes ou des parfums, défila silencieusement sur l’écran. Et puis, l’orchestre attaqua et le film commença. Ludmila était d’une gaieté inhabituelle. read more »

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Moi aussi j’ai été me traîner vers les lumières, un cinéma, et puis un autre à côté, et puis encore un autre et tout au long de la rue comme ça. Nous perdions de gros morceaux de foule devant chacun d’eux. J’en ai choisi un moi de cinéma où il y avait des femmes sur read more »

Gottfried Benn, Le voyage

Le texte original en allemand suit la traduction. Il regarda l’enfilade de la rue et s’orienta. S’engouffra dans la pénombre d’un cinéma, dans l’inconscient des fauteuils d’orchestre. Des fleurs plates aux calices évasés jusqu’aux ampoules voilées retenaient une lumière rougeâtre. Proches et chaudes jouaient des violons dont quelque chose passait sur la courbure de son read more »

Jean Echenoz, Les grandes blondes

Salvador relut le papier qu’il rangea dans sa poche, tenta d’y comprendre quelque chose puis : bon, ça va, dit-il, tu me régleras tout ça toute seule. Passons au plus urgent. Les grandes blondes. Récapitulons. Procédons par auteur. Nous avons donc les hitchcockiennes. Puis nous avons les bergmaniennes. Puis nous avons celles des films soviétiques, read more »

Dezső Kosztolányi, Cinéma muet avec battements de cœur

Je ne me suis vu que deux fois sur un écran de cinéma. Quand on m’a filmé pour la première fois, j’avais vingt-neuf ans. J’entrais dans une pièce, j’allumais un cigare – je fumais encore le cigare à l’époque – et je me mettais à discuter avec des amis. Quelques jours plus tard, on m’a read more »

Bret Easton Ellis, American Psycho (1)

Je traîne du côté de VideoVisions, le magasin de location de vidéos, non loin de chez moi, dans l’Upper West Side, buvant une boîte de Diet Pepsi, le dernier Christopher Cross à fond dans les écouteurs de mon walkman Sony. (…) Il y a plus de monde qu’à l’habitude, dans le magasin de vidéo. Trop read more »

Léo Henry, Rouge gueule de bois

- Ainsi, je vais conclure, dit Brown. L’autre le regardait. Il le regarderait jusqu’à la fin. Et quand Brown se tairait, lorsque le dernier rien empêcherait l’écrivain d’ajouter quoi que ce soit à son monologue, il serait là une fraction de seconde encore, le dernier au monde à y voir quelque chose. – Ainsi, je read more »

Stephen McCauley, L’objet de mon affection (2)

Le cinéma était une gigantesque relique en piteux état, aux murs suintants, sinistre et puant la moisissure. En pénétrant dans le hall d’entrée mal éclairé, j’eus la sensation de m’enfoncer dans une grotte humide, entre des colonnes décorées et des frises de plâtre qui s’effritaient. Pourvu, me dis-je, que les démolisseurs n’arrivent pas avant la read more »

Paul Auster, Le livre des illusions (2)

Je n’étais pas cinéphile. […] Ce n’était pas que j’eusse quoi que ce fût contre le cinéma, mais il n’avait jamais vraiment compté pour moi et pas une fois en plus de quinze ans d’enseignement et d’écriture je n’avais éprouvé le besoin d’en parler. J’aimais le cinéma comme tout le monde l’aime – comme une read more »