Category Archives: Brèves

Jonathan Coe, Testament à l’anglaise (6)

Thomas aimait toutes sortes de films. Il aimait l’illusion mensongère de l’écran : que tout un monde pût tenir entre les quatre côtés d’un rectangle, et que le spectateur pût en profiter impunément dans son fauteuil, sans contacts. Dans sa vie professionnelle (si tant est qu’il eût par ailleurs une vie personnelle), il s’efforçait toujours read more »

Jonathan Coe, Testament à l’anglaise (2)

Le public avait l’air de trouver ça drôle, mais moi j’avais déjà affreusement peur. On ne m’avait encore jamais emmené voir quelque chose comme ça : bien que ce ne fût pas à proprement parler un film d’horreur, tous les détails y étaient, et l’atmosphère lugubre, la musique dramatique, la sensation continuelle que quelque chose read more »

Michel Tournier, La goutte d’or

Une prison, ce n’est pas seulement des barreaux, c’est aussi un toit. Un verrou m’empêche de sortir, mais il me protège aussi contre les monstres de la nuit. Une figure gravée dans la pierre éveille la tentation d’une vertigineuse plongée dans les ténèbres d’un passé immémorial. La forme la plus triviale de cette sorte d’opium read more »

Nicolas Fargues, Tu verras

Quelqu’un à la RATP avait pris la peine de créer un nouveau fichier Word sur un ordinateur et d’inscrire en caractères Times deux noms suivis de deux numéros de téléphone au centre de la page à en-tête, sans rien ajouter, ni date ni signature, rien. La personne avait imprimé, puis plié la feuille en quatre read more »

Adam Ross, Mr Peanut

- Je déteste les films. – Qu’est-ce que vous leur reprochez ? – Ils sont surdéterminés. – C’est-à-dire ? – Dans un film, tout signifie quelque chose. Si un homme dit : « Ce réservoir contient de l’air comprimé. Si vous ne faites pas attention, il risque d’exploser. », vous pouvez être sûr qu’à un read more »

Serge Brussolo, Les ombres du jardin

Jeanne n’aimait pas le F3, et encore moins la cité. Elle regrettait les boutiques de Paris, les lumières, la cohue des trottoirs devant les magasins du Printemps, les hautes vitrines illuminées. Elle regrettait l’odeur du métro, celle du zinc des toits chauffés par le soleil, les mille cinémas dont les affiches vous sautaient au visage. read more »

Jeffrey Eugenides, Middlesex

Dans toutes les scènes de poursuite que nous avions vues, le héros grimpait toujours sur le toit. En réalistes stricts que nous étions, nous objections : « Pourquoi ils montent toujours ? Regardez. Il va monter en haut de la tour. Vous voyez ? Je vous l’avais dit. » Mais Hollywood en savait plus sur read more »

Jean-Paul Sartre, La nausée

La sonnerie du Ciné-Eldorado retentissait dans l’air clair. C’est un bruit familier du dimanche, cette sonnerie en plein jour. Plus de cent personnes faisaient queue, le long du mur vert. Elles attendaient avidement l’heure des douces ténèbres, de la détente, de l’abandon, l’heure où l’écran, luisant comme un caillou blanc sous les eaux, parlerait et read more »

Max Frisch, Homo Faber

Ich rasierte mich, solange es noch elektrischen Strom gab. Herbert erzählte wieder von seinem Kaukasus, seine Schauergeschichten vom Iwan, die ich kenne; später gingen wir, da es kein Bier mehr gab, ins Kino, geführt von unserem Ruinen-Freund, der sein Palenque kannte – es gab tatsächlich ein Kino, Schopf* mit Wellblechdach, wir sahen als Vorfilm: Harald read more »

Philippe Pastorino, La Fabrique des fous

Vous avez déjà vu des vieux films suédois en noir et blanc ? Vous savez, ces films où l’on voit des corbillards traverser l’écran au ralenti une fois toutes les demi-heures. C’est comme les enterrements d’ailleurs, on se sent peu de chose sur terre en sortant de la salle. Les acteurs ont sans arrêt des read more »